Décision SI
Coût DSI PME/ETI : budget, coupes, et surcoût de maintenance quand les prestataires partent
Écrit par le fondateur de Portlane · 31 juillet 2026 · 10 min de lecture
La DSI⁶ est souvent le parent pauvre du budget. Les coupes frappent d'abord les prestataires. Le coût visible baisse. Le coût réel (passation impossible, astreintes à TJM⁸ doublé, flux qui s'enchaînent) arrive après.
Dans beaucoup de PME¹ et d'ETI², la DSI⁶ est le parent pauvre. Quand le comité cherche des économies, ce n'est pas le commercial qu'on coupe en premier. Ce sont les postes variables : missions, forfaits, astreintes chez des intégrateurs. La ligne baisse, personne ne célèbre, et personne n'a inventorié ce qui part avec les prestataires.
Le coût de la DSI⁶, ce n'est pas seulement le pourcentage du CA qu'on affiche en comité. C'est la part vraiment disponible pour faire évoluer les systèmes, et le prix à payer quand la mémoire des flux vit hors de l'entreprise. On pose ici des fourchettes de terrain (pas des benchmarks magiques), un cas anonymisé, et le mécanisme par lequel une coupe « intelligente » devient un surcoût de maintenance.
Le coût de sortir d'une plateforme d'intégration louée se chiffre autrement : on le détaille dans coût de sortie iPaaS³. Le risque humain quand peu de gens savent rouvrir les flux, c'est le sujet de compétence de niche.
Combien pèse la DSI dans le CA ?
Pour une entreprise de taille intermédiaire², on voit souvent environ 1,5 à 2,5 % du chiffre d'affaires pour le budget IT global. Selon le secteur (industrie, distribution, services), le niveau de digitalisation et ce qu'on range dans « IT » (licences SaaS⁴, telecom, postes de travail, projets), la fourchette bouge. Ce n'est pas une norme : c'est un cadre pour démarrer le calcul.
Sur une ETI² à 250 M€ de CA, ça donne un budget théorique de 3,75 à 6,25 M€ par an. Beaucoup d'organisations opèrent en dessous, parfois nettement. Quand le budget réel tourne autour d'1 M€, ce n'est pas « une DSI⁶ légère ». C'est souvent une DSI⁶ qui absorbe le run⁵ et laisse le build aux urgences et aux externes.
Avant tout comité, écrivez les hypothèses noir sur blanc. Quel CA de référence ? Qu'est-ce qui est inclus (licences, salaires, prestataires, amortissements) ? Sur combien d'années le ratio a-t-il été stable ? Sans ça, le pourcentage devient un slogan, pas un outil de décision.
Run vs build : où part vraiment l'argent
Sur le terrain, on observe souvent environ 70 % run⁵ / 30 % build. Le run⁵, c'est faire tourner ce qui existe : licences, support, supervision, tickets, astreintes. Le build, c'est faire évoluer : nouveaux flux, migrations, automatisations, remplacements d'outils en fin de vie.
- Sous 70/30, chaque coupe sur les prestataires touche d'abord le build, puis, sans bruit, la capacité à maintenir le run⁵.
- Quand le build tombe sous 20 %, la DSI⁶ ne décide plus : elle subit les échéances éditeurs et les pannes.
- La ligne « intégration » est souvent diluée entre licences iPaaS³ / ESB⁹, TJM⁸, et un peu de temps interne non mesuré.
Le piège, c'est de croire que le run⁵ est stable. Sur une couche d'intégration, le run⁵ dépend de personnes qui connaissent les flux. Coupez les externes sans reprise documentée, et le run⁵ de l'année suivante coûte plus cher que le build que vous avez annulé.
Le coût visible des externes, et le coût réel
Court terme, l'externe est lisible : un TJM⁸, un forfait, une facture. C'est pour ça qu'il part en premier. Long terme, ce n'est pas le TJM⁸ qui coûte. C'est l'absence de passation.
Court terme, on coupe une facture. Long terme, on coupe la mémoire des flux.
- La connaissance des flux critiques vit dans la tête d'un consultant, pas dans un dépôt ni dans une doc d'exploitation.
- Chaque évolution « urgente » contourne la revue : la dette s'empile sans propriétaire interne.
- Quand le contrat s'arrête, la DSI⁶ découvre qu'elle ne sait plus relancer un flux un vendredi soir.
- La reprise en urgence se facture souvent au TJM⁸ d'astreinte, parfois le double du tarif nominal.
Sur une couche middleware¹⁰, c'est pire. Chaque flux dépend du précédent. Un consultant part : ce n'est pas un script qui disparaît, c'est la capacité à comprendre la chaîne. Un incident en amont bloque trois livraisons en aval, et personne n'a la carte complète. Effet boule de neige.
Embaucher en France vs expert au TJM
Le calcul revient dans presque chaque arbitrage DSI⁶. Voici des ordres de grandeur courants, à recalibrer avec votre grille et votre région :
- Expert flux en TJM⁸ : 600 € × 20 jours ≈ 12 k€ / mois. Flexible, rapidement disponible ; la connaissance repart avec la mission.
- Profil CDI (coût employeur approximatif pour un intégrateur / développeur confirmé) : autour de 6 k€ / mois. Moins cher en ligne, plus lent à recruter ; il construit de la mémoire si on lui donne le temps et la doc.
- Ce que le tableau ne montre pas : le CDI sans accès à la logique (studio propriétaire, scripts chez l'intégrateur) ne peut pas reprendre. Le TJM⁸ sans obligation de documentation ne laisse rien derrière lui.
L'arbitrage utile n'est pas « CDI ou TJM⁸ ». C'est : où vit la connaissance, et qui peut la relire dans six mois ? Pour le détail du risque humain sur Talend / Boomi / Blueway, le cadre est dans compétence de niche.
Cas anonymisé : une ETI à ~250 M€ de CA
Cas composite, anonymisé, inspiré d'échanges terrain avec des ETI² industrielles / distribution. Les montants sont des estimations de travail, pas des chiffres audités.
- CA de référence : ~250 M€.
- Budget DSI⁶ théorique (1,5 à 2,5 % du CA) : 3,75 à 6,25 M€ / an.
- Budget réellement ressenti / alloué côté terrain : plutôt autour d'1 à 1,2 M€, nettement sous la fourchette théorique.
- Répartition : ~70 % run⁵ / ~30 % build, avec une part importante du build portée par des externes.
- Point de friction : dépendance forte à des prestataires pour faire évoluer les flux, délais longs, factures difficiles à relier à une capacité interne.
L'écart entre le ratio « marché » et le budget réel n'est pas un détail comptable. C'est le signal que la DSI⁶ absorbe le run⁵ et externalise le build, jusqu'au jour où une coupe retire les externes. À ce moment, le ratio théorique ne sauve personne : ce qui manque, c'est la mémoire opérationnelle.
Quand la coupe crée le surcoût
Le scénario revient souvent :
- Le comité demande −15 % sur les frais variables IT.
- Les missions d'intégration s'arrêtent ou se réduisent brutalement.
- Les flux tiennent encore quelques semaines, ils étaient déjà en place.
- Un incident, une évolution métier, un renouvellement de licence : personne en interne ne sait reprendre.
- On rappelle l'externe en urgence. TJM⁸ d'astreinte, parfois doublé, souvent sans le temps de documenter.
La coupe a « marché » sur le trimestre. Sur l'année, le coût total de maintenance + urgence dépasse souvent ce qu'aurait coûté une passation ordonnée : documentation, revue à deux, dépôt versionné, test de reprise en interne.
La passation de connaissance est impossible dans l'urgence : si la logique n'était jamais relisible, aucune réunion de fin de mission ne la transfère.
Ce que change une couche d'intégration possédée
Portlane ne promet pas de supprimer les prestataires. Il change où vit la logique, et qui peut la relire. Portlane est encore en développement actif : ce qui suit décrit un modèle, pas une migration à lancer lundi.
- Python versionné dans le dépôt du client : compétences plus larges que le studio d'un éditeur.
- Exécution chez vous : les flux ne s'arrêtent pas parce qu'un abonnement a été gelé.
- Documentation d'exploitation embarquée dans la Tour de contrôle : friction minimale pour un nouvel arrivant ou un CDI qui reprend un flux.
- Licence à vie¹¹ : le montant d'accès au runtime est borné (annoncé en conversation / devis, pas ici). La Maintenance reste un contrat de service optionnel, distinct.
L'objectif budgétaire n'est pas de remplacer 12 k€ de TJM⁸ par zéro. C'est que chaque jour de TJM⁸ laisse quelque chose dans l'entreprise : code, tests, doc.
L'objectif n'est pas zéro prestataire : c'est que la prochaine coupe ne vide pas la mémoire du SI.
Pour le cadre possession vs location, le raisonnement est dans posséder vs louer. Pour savoir si le profil PME / ETI correspond au produit, le filtre est dans Portlane pour PME et ETI.
Grille rapide avant le prochain comité budget
- Quel % du CA pour l'IT cette année, et qu'est-ce qui est inclus ?
- Quelle part run⁵ / build, et qui porte le build (interne vs externe) ?
- Sur les flux critiques, où vit la connaissance (dépôt, doc, tête d'un consultant) ?
- Si on coupe 20 % des TJM⁸ demain, qui relance le flux de facturation un vendredi soir ?
- Le coût de sortie de la plateforme d'intégration est-il chiffré ? Le détail méthodologique est dans coût de sortie iPaaS³.
Ces cinq questions tiennent sur une slide. Elles évitent le débat « on dépense trop en IT » vs « on n'a pas les moyens ». Ce qui compte, ce n'est pas le montant affiché : c'est ce que ce montant achète vraiment, de la capacité interne ou de la dépendance renouvelable.
Questions fréquentes
Quel pourcentage du CA une PME ou une ETI consacre-t-elle à la DSI ?
Environ 1,5 à 2,5 % du chiffre d'affaires pour le budget IT global, selon le secteur et ce qu'on range dans « IT ». Ce n'est pas une norme : c'est une fourchette de travail pour un comité. Le chiffre utile, c'est le vôtre, et surtout la part disponible pour le build, pas seulement le run.
Pourquoi les prestataires partent-ils en premier lors d'une coupe budgétaire ?
Parce que c'est la ligne la plus facile à couper sans toucher aux CDI. Court terme, la DSI⁶ « tient ». Long terme, la connaissance des flux, des scripts et des astreintes part avec les externes. La maintenance suivante se paie souvent plus cher, parfois à TJM⁸ doublé, en urgence.
Embaucher un intégrateur en CDI est-il toujours moins cher qu'un expert en TJM ?
Sur le papier, oui : un CDI autour de 6 k€/mois de coût employeur face à un TJM⁸ à 600 € × 20 jours = 12 k€/mois. Mais le CDI ne remplace pas une expertise de niche déjà concentrée chez un prestataire, et le TJM ne construit pas de mémoire interne. Comparez capacité de reprise, documentation et risque de dépendance à une seule personne⁷, pas seulement la ligne mensuelle.
Comment estimer le budget DSI d'une ETI sans bilan détaillé ?
Prenez le CA, appliquez 1,5 à 2,5 %, puis séparez run (~70 %) et build (~30 %). Recoupez avec les factures intégrateurs, licences et astreintes. Sur une ETI à 250 M€ de CA, la fourchette théorique donne 3,75 à 6,25 M€/an ; le budget réellement alloué peut être bien plus bas. C'est souvent là que le risque commence.
En quoi Portlane change le coût de la dépendance aux externes ?
La logique des flux passe en Python versionné, chez vous, avec une documentation d'exploitation accessible depuis la Tour de contrôle. L'objectif n'est pas « zéro prestataire » : c'est que la passation ne dépende plus d'une urgence ni d'une personne seule. Portlane est encore en développement actif.
Glossaire
- ¹ PME : petite ou moyenne entreprise. Ici, organisation avec assez de flux critiques pour ressentir une dépendance d'intégration, avec ou sans DSI⁶ permanente.
- ² ETI : entreprise de taille intermédiaire.
- ³ Plateforme cloud d'intégration (iPaaS) : plateforme d'intégration fournie en abonnement, hébergée par l'éditeur.
- ⁴ Logiciel loué (SaaS) : logiciel loué par abonnement et hébergé par l'éditeur.
- ⁵ Run : exploitation et maintien de l'existant (licences, support, incidents). S'oppose au build (évolution, projets).
- ⁶ DSI : direction des systèmes d'information.
- ⁷ Risque de dépendance à une seule personne (bus factor) : risque lié au nombre de personnes qui maîtrisent un système critique.
- ⁸ TJM : taux journalier moyen, tarif journalier d'un prestataire.
- ⁹ Bus de services d'entreprise (ESB) : bus d'intégration historique, souvent installé chez vous¹⁰.
- ¹⁰ Couche d'intégration / installé chez vous (middleware / on-premise) : couche entre applications ; installé chez vous = exécuté sur votre infrastructure.
- ¹¹ Licence à vie : achat unique du droit d'utiliser le logiciel, sans abonnement obligatoire pour faire tourner ce que vous avez déjà déployé.
Reprendre la main sur vos flux
Portlane vise la maîtrise interne : Python versionné, exécution chez vous, documentation d'exploitation dans la Tour de contrôle. Encore en développement actif : un échange sert à cadrer le fit, pas à signer un devis ce trimestre. Sur l'arbitrage possession vs location, le détail est dans [posséder vs louer](/blog/posseder-vs-louer-integration). Sur le risque quand la compétence vit hors de l'entreprise, voir [compétence de niche](/blog/competence-niche-plateforme-integration).
